La rivière aux trésors

Un beau matin de printemps, un petit garçon en salopette côtelée et coiffé d’une grande casquette jouait en lançant des petits cailloux à la surface de la rivière et s’amusait de ses jolis ronds sur l’eau. Blond, les yeux malins et le sourire coquin, Killian était un jeune garçon, rieur et grand rêveur.

Chaque matin sur le chemin de l’école, il se hâtait vers cette rivière qu’on appelait au village : la rivière aux trésors. Les anciens prétendaient que cette rivière était magique et dévoilait chaque été ses richesses, lorsque la terre gorgée de soleil s’était enivrée de cette eau extraordinaire.

Killian attendait le début de l’été avec impatience. Chaque jour, son imagination vagabondait toujours plus loin autour de cette rivière mystérieuse. Néanmoins, il était encore loin le moment où il découvrirait peut-être une multitude de pièces d’or, des coffrets débordants de pierres précieuses et de bijoux ! Il s’imaginait déjà riche, petit prince du village, distribuant aux habitants ses trésors. Mais qu’allait-il véritablement trouver dans cette rivière à la fin de l’été ?

A l’école et à la maison, tous se moquaient de lui.

Pourtant, rien au fil des jours, ne changeait dans l’esprit du petit garçon. Il croyait dur comme fer à la légende merveilleuse de cette rivière aux trésors.

Chaque mercredi après-midi, près de la fontaine, à l’ombre d’un grand cerisier, Killian dévorait chaque mot prononcé par Félicien, le vieux pêcheur du village et jubilait devant ses anecdotes. Fables et souvenirs se mélangeaient dans la bouche du vieil homme, et laissaient parfois Killian perplexe et d’humeur boudeuse. Ces trésors n’étaient peut-être qu’illusions et rêves du vieux Félicien !

Les semaines passèrent et enfin arriva l’été avec sa chaleur, les piqûres de moustiques, les vacances scolaires et les citronnades bien fraîches. Les journées du garçonnet se ressemblaient toutes. Chaque matin après le petit-déjeuner, il retrouvait ses copains Lucas et Alexandre au bord de la rivière aux trésors. Plus les journées s’allongeaient, plus difficile était leur attente. Lucas, le petit brun de la bande, vérifiait chaque jour à l’aide d’un bâton la profondeur de l’eau, tandis qu’Alexandre, le plus jeune d’entre eux, notait soigneusement et scrupuleusement dans un joli carnet à spirales la hauteur de l’eau.

Début août, la canicule avait déjà réduit la rivière de moitié.

Perchés dans un arbre et abrités par son habit de feuilles, les trois gamins rêvaient de trésors cachés et s’inventaient de nouvelles vies. Pendant des heures, ils admiraient la rivière qui laissait se refléter leurs visages dorés et écoutaient la nature. Seuls les battements d’ailes d’oiseaux colorés, les clapotements de l’eau et le bourdonnement des abeilles frémissaient à leurs oreilles.

Puis vint enfin le jour tant espéré, la rivière était complètement asséchée. Killian et ses amis, munis de pelles et de seaux, se précipitèrent au milieu du lit de la rivière, les coeurs gonflés d’espoirs, un large sourire accroché sous le nez.

Malheureusement, nos petits amis ne trouvèrent aucun trésor !

Déçus, les trois gamins piochèrent avec fureur. Ils ne trouvèrent que des vieilles pièces, des déchets et de nombreuses capsules de bouteilles rouillées.

L’épaule basse et le pied désespérés, les trois compères prirent le chemin du retour et croisèrent le maire du village, qui leur dit :

– « Bonjour les enfants ! Vous me semblez bien tristes, la pêche n’a pas été bonne !? »

– « Bonjour ! Il n’existe aucun trésor dans la rivière, Monsieur le Maire ! » répondirent-ils en choeur, malheureux et têtes baissées.

– « Je le sais les enfants ! » lança joyeusement le maire.

– « Alors pourquoi Félicien raconte que la rivière est magique ? » questionna Killian, déconcerté.

– « Asseyons-nous un peu plus loin, car c’est une longue histoire ! » répliqua gentiment le maire. « La magie de cette rivière est née dans l’esprit du vieux Félicien, il y a déjà plus de 30 ans quand il était le maire du village. A l’époque, nous étions envahis par les touristes et certains peu soucieux de l’environnement jetaient leurs détritus au bord des chemins et malheureusement dans notre jolie rivière. A la fin de l’été, notre rivière ressemblait à une énorme poubelle. Félicien demanda aux habitants de la commune de l’aide pour nettoyer notre rivière. Peu nombreux à lui offrir un coup de main, il eut alors l’excellente idée de solliciter les enfants du village et c’est avec plaisir qu’ensemble, ils vidèrent la rivière de tous ces encombrants visiteurs. Le travail achevé et pour les remercier, Félicien réunit tous les bénévoles sous le grand cerisier pour un énorme et délicieux goûter. »

– « Comment connaissez-vous la réalité de cette histoire Monsieur le maire ? » questionna Alexandre.

– « Car vous faisiez parti de ces enfants qui ont nettoyé notre rivière ! » s’écria Killian.

– « Tu as deviné, mon petit Killian » répondit Monsieur le maire. « Longtemps, moi aussi, je me suis assis sous le cerisier de Félicien à écouter ses histoires, Depuis notre très vieil ami, fidèle à son passé et les idées parfois embrouillées, retrace cette épisode à qui veut l’entendre en oubliant souvent de rapporter que les trésors de la rivière étaient et sont toujours l’entraide et l’amitié. Mes chers enfants, comme nous, vous avez bataillé contre la pollution ! »

– « Ah ! Félicien nous a bien eu ! » s’exclama Lucas.

– « Oh, oui ! » répondirent ses amis en riant « mais comme on s’est bien amusé cet été ! »

Texte & photos : MOONATH © ND

7 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. mamielily dit :

    Il est bon de nous rappeler la richesse de la rivière ! La respecter, la protéger est vital! Bon dimanche, Moonath!

  2. ammon1945 dit :

    Reposant ces clichés,cela me rappelle la pèche aux écrevisses il y a très longtemps de cela !

  3. Moonath dit :

    merci Mamie Lily et Ammon pour vos visites printanières… histoire écrite pour mon fils aîné, il y a 15 ans déjà… photos de la Vallée du Stangala, à Quimper… site magnifique et verdoyant, où l’Odet tourbillonne (je crois d’ailleurs qu’on y pêche la truite) entre les gros cailloux, sous le regard charmé des promeneurs et des randonneurs de plus en plus nombreux, au fil d’un parcours boisé et pittoresque… un endroit magique et ressourçant…

  4. lettrem dit :

    Envie de printemps.. Merci Moonath pour ces belles photos 🙂

  5. flipperine dit :

    une belle histoire et encore aujourd’hui les gens jettent leurs détritus n’importe où quelle honte

  6. damemiracle dit :

    J’ai bien aimé ton histoire Moonath, merci! Ces jeunes ont pris conscience de l’importance de l’environnement et que la vraie richesse, c’est la rivière elle-même! Merci mon, bon début de semaine, gros bisous, Gigi 😊

  7. Moonath dit :

    merci Lettrem, Flipperine et Gigi pour votre passage et vos appréciations… belle soirée…

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