Florentino, le flamant rose

Il était une fois un flamant rose qu’on appelait Florentino.
Chez lui, tout était rocambolesque, un peu rococo.
Les femmes du pays l’appelait l’affreux jojo ;
mais pour sa noble dame, il était le plus merveilleux des hidalgos.

Jeune espagnol fougueux, un matin, il prit le métro
sa guitare sur l’épaule et sur ses pas : moi, son fidèle ami Ernesto.

A Malaga, nous participâmes à de nombreux concours de chant et de danse.
A Cadix, nous décrochâmes un micro d’or et Florentino rencontra l’amour, sa chance
en l’âme de Rosa-Maria, une belle andalouse.
Ah ! Qu’ils étaient beaux ces deux tourtereaux sur les pelouses
de Grenade, où mon camarade fit une cour fervente à sa future épouse.
Ils ont vécu en duo quelques années romantiques,
puis de nombreuses années ensoleillées par Pablo et Gwendolina, leurs deux loustics.

Un automne, avec votre serviteur, ils s’installèrent en France.

Là-bas, Rosa-Maria devint une artiste peintre de renommée internationale.
Ses couleurs éclatantes couchées sur des grandes toiles de lin représentaient
la Camargue où nous vivions, ses magnifiques chevaux et sa nature phénoménale.
Avec Florentino, nous créâmes une école de guitare et de castagnettes au milieu des marais.
Les cygnes et les canards du pays tout entier vinrent par milliers dans notre sanctuaire camarguais.
Durant 40 ans, nous avons partagé notre passion pour le flamenco avec bonheur et respect.

Le soir, sous les étoiles, notre tribu veillait autour d’un grand feu de joie crépitante.
Les femmes se déhanchaient divinement sur des notes endiablées et troublantes
et dansaient la flamenca, sourires aux lèvres, leurs cheveux noirs se mêlant à la nuit,
jupons relevés et leurs pieds délicats dans de jolis souliers vernis.
L’ambiance dans le ciel de Camargue fut longtemps très chaud.
Le soleil enveloppait les femmes de miel et donnait de l’allure aux hommes et aux ados.
La musique transportée par les cordes des guitares filtraient les coeurs comme les eaux
qu’ils soient doux, salé ou bienheureux,
calme, houleux ou tempétueux.

Nous avons vécu ensemble une existence merveilleuse.

Aujourd’hui, je suis âgé et triste car mon ami Florentino est parti
rejoindre le monde des endormis,
le pays où les cordes, les vents et les percussions discutent symphonie et même électronique.
Il nous a quitté comme il a toujours vécu, en musique.

Demain, ses enfants créeront un musée en l’honneur de leur papa
pour que danse encore longtemps la flamme flamenco et s’embrasent les corps sur la flamenca.

Texte : MOONATH © ND

Photo : www.centerblog.net
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6 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. voilà une très belle et grande histoire qui se conte merveilleusement par ta plume Moonath ! bises à toi

  2. Vincent Hirn dit :

    Belle histoire de la vie pourtant teintée dès les premières mesures d’une tristesse de chant traditionnel. Je ne sais si je suis heureux de recevoir le conte d’une vie ou triste par la perte ainsi conclue…
    Merci Moonath

  3. ladyelle134 dit :

    C’est triste et c’est joli. Peut on dire une « jolie tristesse »…

  4. Superbe exercice, félicitation à ton fils Moonath !

  5. damemiracle dit :

    Magnifique Moonath, surprenant ce texte et surtout très touchant. Merci mon amie et bon week-end, gros bisous, Gigi 😊

  6. Moonath dit :

    merci à tous pour vos lectures généreuses…
    historiette écrite pour mon fils, Fanfan ! 🙂
    belle soirée…

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