Triste nouvelle

projet en sommeil d’un livre pour jeunes enfants avec illustrations en noir et blanc, sépia et couleur, collages et silhouettes… histoire écrite en 2007…

 

Aujourd’hui,
c’est le chaos à la maison,
le désordre dans ma tête,
l’hiver dans mon cœur.

Papa et maman vont divorcer.

Papa vient de nous l’annoncer,
en criant, sur un coup de sang.

Des mots qui résonnent,
qui font mal.

Maman veut divorcer.

De qui ?

De papa ? De nous ? De moi ?

J’ai peur.
Je fonds en larmes.

Assis sur le rebord du canapé,
des torrents coulent le long de mes joues
et roulent jusqu’à mes genoux.

Ma petite sœur sanglote aussi,
contre l’épaule de maman,
qui pleure doucement,
la benjamine,
tendrement
blottie
contre
son
sein.

La nouvelle me bouleverse et me soulève le cœur.

Je crie.

Non,non, non, non, non……

Pourquoi ?

Non,ce n’est pas possible !

C’est la fin du monde !

Mon monde s’est écroulé en quelques secondes.
Le pire, tant redouté, est arrivé : papa et maman vont divorcer.

Maman me prend la main.
Papa se calme et vient près de nous.
Papa et maman nous parlent doucement
et nous confirment lentement
la triste nouvelle.

Taisez-vous !

Je ne veux rien entendre !
Votre vérité est trop dure.
Votre réalité est monstrueuse.

Je veux un gros mensonge :
que papa et maman s’aiment toujours,
comme au premier jour !

Je veux une blague de papa.
Je veux un gros câlin malicieux de maman.

Mais non, papa et maman vont D-I-V-O-R-C-E-R.

Je n’y crois pas !

Pourtant, ils nous aiment mes sœurs et moi !

Alors pourquoi ?

Je pleure toujours, le corps secoué de gros sanglots.
Mes sœurs me regardent interloquées.
La douleur irradie tout mon être,
je voudrais disparaître dans un trou de souris,
changer de planète, me planquer sous ma couette,
ne pas être là, ne pas être né !

Mais c’est décidé : ils vont divorcer.

C’est irrévocable, nous dit maman.

Maman, ma gentille maman, pourquoi veux-tu tout casser ?
Papa, pourquoi ne fais-tu rien pour éviter cela ?
Maman, papa, vous ne pouvez pas nous faire çà !

C’était compliqué depuis quelques temps entre vous.
Même si vous vouliez nous préserver,
j’ai vu vos agacements et entendu vos désaccords.
L’ambiance à la maison était de plus en plus orageuse.
Et pourtant, je rêvais d’éclaircies et d’ensoleillements souverains.

Vous avez jeté les dés de nos destinées.
Les jeux sont faits.
Rien ne va plus !

Papa et maman, vous me brisez le cœur.

Je vous maudis.
Je ne comprends pas.
Je ne vous comprends pas.
Je ne veux pas comprendre.
Je ne veux pas vous comprendre.
Vous ne pouvez pas divorcer !

Un point c’est tout !

Je déteste l’idée d’avoir deux chambres,
de ne plus voir mes parents main dans la main et sous la main,
de vous regarder un jour amoureux de celui ou celle que je déteste déjà !

Pour la première fois depuis longtemps, vous vous êtes mis d’accord :
pour divorcer, la belle affaire !

Depuis, plus de disputes…
… un semblant de paradis a balayé les nuages rageurs et coléreux.

Egoïstes !

Je vous déteste !
Je vous déteste autant que je vous aime.

Maman chérie,
pourquoi t’es-tu transformée en sorcière ?!

J’ai peur de la nuit. J’ai peur de tout à l’heure. J’ai peur de demain…

Vos colères nocturnes ont souvent nourris mes rêveries et mes cauchemars.

Adieu trou noir, adieu guerres galactiques,
adieu planètes hideuses et malveillantes,
adieu fée aux cheveux d’or et homme sans visage…
Abandonnez ce navire cauchemardesque !
Réfugiez-vous au plus profond d’un abîme !
La vérité a détruit vos vies…
… La vérité a ravagé ma vie !

Je vais me transformer en humanoïde anti-douleur, anti-émotion.
Je vais errer dans cet univers que je ne reconnais plus…

J’ai déjà honte de mon futur statut d’enfant de divorcé.
J’ai peur des railleries, des questions auxquelles je ne voudrais pas ou je ne pourrais pas répondre,
des moqueries de cour de récré…

Le divorce est pour beaucoup un acte si commun !
Mais mon histoire n’es pas banale !
C’est mon histoire.

Mon histoire, je la raconte un peu à une psychologue,
cela me fait du bien même si je parle beaucoup avec maman.

Depuis ce jour fatal, le chagrin m’étreint chaque matin
et me souhaite bonne nuit, chaque soir.

J’en ai ma claque de vos histoires de grands !

Allez, papa et maman, ne divorcez pas ?

Qu’ai-je fait ?
Qu’avons-nous fait ou pas fait,
mes sœurs et moi, pour que vous décidiez de ne plus vivre ensemble ?

Je vacille, sous l’effet de ce tremblement de terre.
S.O.S. Jeunes terriens en détresse.
Le vaisseau familial a été détourné de son orbite.
Papa et maman ont perdu le contrôle.
Dégâts importants : famille explosée,
garçon de 9 ans anéanti,
petite fille de 4 ans angoissée,
bambine de 13 mois perturbée
par l’atmosphère irrespirable.

Je regarde la photo de votre mariage,
le bonheur sur vos visages,
le ventre de maman où je grandis déjà.
Pour le pire et le meilleur,
ils vous ont dit lors de cette journée d’automne.
Et bla-bla-bla…

Mariage pluvieux, mariage heureux !
Tu parles !

L’amour est si fragile.

Je me sens si minuscule, si inutile.
Je suis si triste, si malheureux.

Papa et maman, remettez votre panoplie d’amoureux fous
comme quand j’étais petit !

Depuis, mes pensées vagabondent…

Je me sens coupable.  Est-ce logique ?
Mes mauvaises pensées se sont-elles réalisées ?
L’imaginaire peut-il se transformer en réalité ?

Vous me dîtes
que je suis un enfant formidable,
votre petit prince d’amour….

Alors pourquoi, vous divorcez ?

Maman, m’aimes-tu toujours aussi fort ?
Aimes-tu toujours mes cheveux de papa,
mes yeux noisette de papa ?

Papa, m’aimes-tu toujours aussi fort ?
Aimes-tu toujours mon sourire de maman,
mon côté artiste comme maman ?

Comment pouvez-vous m’aimer encore,
si vous ne vous aimez plus assez fort pour rester ensemble ?

Nous t’aimons toujours aussi profondément,
jusqu’à l’infini et plus loin encore,
jusqu’à la fin de nos vies et encore, bien après, trésor.

Tu es le doux mélange d’un homme et d’une femme
qui se sont aimés pendant longtemps,
qui t’ont désiré ardemment.

Tu es celui par qui nous sommes devenus des parents, tes parents.

Ce lien d’amour, rien ne pourra jamais le détruire.

Tu
ne
ressembles
à
personne
d’autre
qu’à
toi…

celui
que
tu
es
aujourd’hui,
construit
celui
que
tu
seras
demain.

Papa et maman, je sais que cela ne sera plus jamais comme avant.

C’est vrai…
mais nous restons et resterons ton père et ta mère pour toujours.

Le temps passe, le quotidien nous change,
on évolue différemment, on grandit de l’intérieur…

Un jour, on prend une décision qui va changer le cours de sa vie
et celles de ceux qui comptent le plus pour nous.
Tu n’es coupable de rien, tes sœurs non plus.

Vous êtes tous les trois nos joyaux et nous vous protégerons toujours du mieux que nous pouvons.

Ta vie est en morceaux.
Ton cœur est déchiré.
La colère gronde au plus profond de toi.

Tu es malheureux… mais tu ne pourras rien y changer.

Au fond de toi, tu es soulagé, délivré. Acceptes-le.

Gardes confiance en la vie, en nous, en toi.

Continues ta route,
ébauches des projets,
fonces vers tes rêves,
acharnes-toi,
travailles
et tu y arriveras…

C’est bon de se sentir vivant,
en harmonie avec les éléments,
avec les autres.

Tu cherches ta place à travers tes disputes avec ta sœur.

Saches que comme toi, ta sœur n’est aucunement responsable de la séparation de tes parents.

Tu n’as rien à te reprocher,
notre amour pour toi et pour tes sœurs est inaltérable.

Pleures amour
et relèves-toi
quand tu seras prêt.

Tu n’as aucune dette envers nous.

Tu peux venir discuter avec nous comme avant.

Nous serons toujours disponibles pour toi, pour vous.

Tu n’es pas responsable de nous et de nos choix.
Nous sommes responsables de toi, de vous.

Le chemin de la vie est souvent semé d’embûches
qu’il faut surmonter courageusement,
pour trouver l’harmonie et le chemin de soi-même.

Plus tard, lorsque ton cœur sera reposé,
tu pourras respirer un nouvel air riche de deux visions du monde,
de deux regards sur la vie qui te permettront de grandir en paix avec toi-même.

Courage, les enfants ! Le printemps reviendra bientôt.

Apprécions
les petites joies quotidiennes
pour calmer nos angoisses,
nos maux de ventre,
nos maux de cœur,
les bobos partout
et les discours destructeurs…

Papa et maman divorcent,  mais la vie continue…

J’étais perdu, j’ai retrouvé mon chemin
car mes parents m’aiment, me respectent,
ils se sont aimés très fort pendant si longtemps.

Ils seront toujours là pour moi, pour mes sœurs.

J’ai confiance car jusqu’à présent, ils ne m’ont jamais menti.

Pour eux, le voyage en amoureux est terminé.

Je suis l’enfant de maman, je suis l’enfant de papa,
je suis le fils de mes parents.

Je suis tel que je suis,
mon père et ma mère aussi.

Adieu aventures à 5 et bonjour tribulations à 2 fois 4.

2 fois 4, cela fait huit tel un cœur écrasé et déformé qui reprend vie doucement… infiniment…

Résultat positif puisque l’ambiance parentale s’améliore de jour en jour.

Comme mes parents, je tourne une nouvelle page.

Une nouvelle page de mon histoire à écrire,
à vivre à fond et le plus sereinement possible.

Un jour, moi aussi, quand je serais grand comme papa et maman,
j’aimerai d’amour.

Il n’y a rien de plus beau, c’est maman qui le dit.

Pour s’aimer passionnément,il faut être deux.
Et pour se séparer respectueusement, aussi.

Un jour viendra, je le sais, je deviendrais un père, un parent.

J’offrirai alors à mon enfant, à mes enfants,
le plus beau des héritages : l’amour et l’estime de soi.

Texte : MOONATH © ND

Photo internet
Publicités

9 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Tout est dit…
    Tristesse mais réalité !

  2. Biancat dit :

    quel texte beau et terriblement émouvant, et qui sonne si vrai…

  3. damemiracle dit :

    C’est si triste et même temps si bien écrit, tout est dit en effet. Bravo Moonath, très bon partage mon amie, bisous.

  4. jcmian dit :

    C’et beau dans la douleur !

  5. Moonath dit :

    merci… parfois il est bon de sublimer certaines réalités…

    douce soirée à tous…

  6. Moonath dit :

    A reblogué ceci sur Moonath – L'univers des motset a ajouté:

    en mode reblog pour quelques jours…
    belle journée à tous !

  7. legascon dit :

    oufff
    dure réalité

  8. damoiseau56 dit :

    Très émouvant ton texte ,

    Bravo de mettre en mots une des réalités….

  9. brindille33 dit :

    Quel texte ! Je viens d’un autre article à toi, et me suis égarée sur ces mots.
    Ils touches, font mouches, sont fort, cognent dans le cœur, la tête et le ventre. Ils font mal, nous rappelle de douloureux moments vécus par les enfants.
    Les mots résonnent avec une telle justesse.
    Merci pour ce partage qui ne me laisse pas indifférente.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s