Au pays des bonbecs

une histoire gourmande… sans croque-mitaine… pour lutins et géants…
écrite pour les 4 ans de mon fils…

titre original « Annette au pays des bonbecs » (2002)

*

Un soir de tempête, dans une jolie maisonnette, une petite fille avec de longues couettes, accoudée à sa fenêtre écoutait songeusement le chant de la pluie et regardait danser des éclairs endiablés autour de la lune pleine, rougissante et rebondie comme une joue d’enfant que l’on aime couvrir de baisers.

« Le ciel est d’une colère noire, ce soir ! » s’écrie la fillette de sa voix fluette.
« Messieurs les Nuages, voudriez-vous s’il vous plaît, demander au Marchand de Sable de passer ? » questionne Annette. « Je crois qu’il est resté chez lui, bien à l’abri de l’averse ! »

« Petite Annette » répond un gros nuage « rassure-toi, il ne t’a pas oublié, il est malheureusement ensablé près de la plage du grain de folie ! Il te faudra attendre la nuit prochaine pour recevoir ton ami ! »

« Comment vais-je trouver le sommeil sans son aide ! » s’exclame tristement la petite fille. « Je ne peux m’endormir avec tant d’agitation autour de moi ! J’ai tout essayé : un vieux remède de ma grand-mère qui est de boire un verre de lait tiède avec du miel… sans grand succès ! J’ai même compté jusqu’à trois mille moutons ! »

« As-tu testé le rêve éveillé ? » interroge une magnifique étoile, en habit ambré.

« Non, Madame » réplique Annette « La rêverie ne vit-t’elle pas la nuit dans notre imaginaire et notre subconscient ? Lorsque je suis éveillée, je ne rêve pas car je suis dans la réalité. Je pense seulement ! »

« Tu n’as pas tout à fait tort, petite Annette » rétorque l’étoile « mais il existe une exception pour les enfants songeurs comme toi, en quête de sommeil ! Allonge-toi dans ton lit, installe-toi confortablement sous ta couette et réfléchis bien fort à ce que tu aimes faire le plus au monde. Après tu t’endormiras profondément et peut-être partiras-tu dans un rêve très doux, épique, gourmand ou farfelu ! »

Aussitôt dit, aussitôt fait. Annette ferme la fenêtre, tire les rideaux, éteint sa lampe de chevet et se blottit bien au chaud sous les couvertures, avec son nounours préféré.

*

« Elle est amusante cette dame scintillante, mais moi, j’aime faire énormément de choses » s’exclame notre amie avec beaucoup de conviction. « J’aime me balancer et jouer à la poupée ; j’aime chahuter avec mes copines ; j’aime lire les histoires de fantômes et de sorcières ; j’aime me promener avec mes parents et mon grand frère ; j’aime manger des gâteaux fourrés à la fraise et j’adore dévorer des bonbons… Voilà ce que j’aime par dessus tout ! C’est sucer et croquer des bonbecs ! »

A peine a-t’elle prononcé le mot bonbec, que la voilà déjà endormie, en visite au pays des bonbecs, pour un rêve sucré et délicieux.

*

Le pays des bonbecs est un monde merveilleux où il fait bon rêver et manger.

En haut, le ciel n’est jamais orageux, son habit bleu est aussi transparent qu’un océan pacifique. Dans cet azur, les oiseaux volent avec légèreté grâce à leurs fines ailes en pain d’ange et les avions volent discrètement, propulsés par une citronnade gazéifiée. Le soleil est rond comme une pêche bien mûre. La lune est belle comme une pomme délicieusement caramélisée. Les nuages sont moelleux comme une barbe-à-papa cotonneuse et aérienne. Les étoiles joyeuses et gracieuses brillent de tous leurs feux. Les comètes fondent dans l’espace aussi rapidement que des boules de glace.

En bas, la vie est aussi belle et reposante. Pas de klaxons de voiture ou d’autobus qui sifflent dans les oreilles toute la journée ; seuls les petits grelots berlingots des vélos enrobés de sucre roux, tintent dans les rues et les avenues. Les devantures des boutiques se voilent de crêpes dentelles magnifiques, qui laissent entrevoir des marchandises exquises rangées avec style et fantaisie, dans de larges et profondes étagères de pain doré, cuites au feu de bois par Monsieur Ficelle, le boulanger-menuisier.

Les maisons ont un charme particulier grâce aux couleurs chatoyantes qui les parent. Les murs sont tapissés de farine pailletée. Les volets et les portes sont généralement faits de pain d’épice ou de cacao. Les toits extrêmement plats sont recouverts de biscottes consolidées avec du miel d’acacia. Sur ces couvertures craquantes, il n’y a pas de cheminée ou d’antenne de télévision pour abîmer le paysage ; car ici, le froid n’existe pas et la chaleur des habitants remplace aisément les postes de télévision qui empêchent souvent la communication.

La ville et ses environs sont très boisés; le béton n’est jamais entré au pays des bonbecs. Les arbres aux costumes de pistache se mélangent avec les arbrisseaux vanillés et les haies grains de café. Les fleurs enivrantes et éclatantes de panache parfument l’air de fruits rouges et d’agrumes délicats. Dans les campagnes, l’herbe fraîchement coupée s’allie avec douceur au vert espérance des plantes empotées sur les terrasses des appartements et au vert gazon des jardins publics.

La vie douce et dorée s’écoule lentement. Les ruisseaux, les rivières et les fleuves de lait chocolaté ont la propriété d’adoucir la peau des plus endurcis.

Le pays des bonbecs est un pays de liberté où les enfants peuvent manger des bonbecs à leur guise, sans l’ombre d’un reproche ou d’une carie. C’est le seul pays au monde qui n’endommage pas les dents ; où les dents de lait ne tombent jamais. Grâce à l’atmosphère perpétuellement sirupeuse du pays, les petits et les grands enfants baignent depuis leur naissance dans le sucre, leur ami. Les enfants, leurs parents, leurs grands-parents, leurs amis, leurs voisins, les visiteurs rêveurs… tous dégustent, sucent, croquent, savourent, se délectent, se régalent de bonbecs…

*

Dring… Dring… le réveil sonne et s’écrie « Bonjour Annette, il est l’heure de te réveiller et de te préparer pour l’école. »

Dans un long étirement, et après un grand bâillement, la petite fille articule lentement « Monsieur Réveil comme j’ai bien dormi cette nuit, j’ai fait un rêve merveilleux ! J’étais en visite au pays des bonbecs. C’était véritablement fantastique et délicieux à souhait ! J’aimerai tellement que ma réalité ressemble à ce monde rêvé… » « Mas bon ! » s’exclame tristement Annette en embrassant son nounours « comme dit mon papa, toutes les bonnes choses ont une fin ! »

Puis Annette descend promptement de son lit, replie les couvertures, tapote son oreiller et découvre dessous une grande sucette au caramel.

« Qu’elle est belle cette sucette ! Je n’attendais pas une nouvelle visite de la petite souris ! » dit-elle joyeusement. « Je n’ai pas perdu de dent depuis des semaines ! »

« Peut-être as-tu rapporté cette gigantesque sucrerie du pays des bonbecs ? » questionne son gentil nounours.

« Tu le penses vraiment, mon petit copain peluche. » rétorque Annette « J’ai hâte de raconter mes rêves sucrés à mes amis. Vite… vite, je dois me laver, manger mes céréales et mettre une jolie robe pour l’école.

« Petit lecteur » chuchote Annette « si un soir, tu es triste ou si tu as du mal à t’endormir, fais comme moi ; avec tout ton coeur, réfléchis à ce que tu aimes le plus au monde et tu partiras rêveusement dans le pays imaginaire que tu préfères ! »

Texte : MOONATH © ND

Photo cuisineaz.com
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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. damemiracle dit :

    Bravo Moonath, quelle belle histoire, merci mon amie, bon début de semaine!

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